Et si nous vivions une nouvelle révolution copernicienne ?

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L’Europe occidentale a vécu depuis la fin de la seconde guerre mondiale avec la certitude d’un Etat-Providence, à la fois démocratique et social. 70 ans plus tard, l’évidence semble remise en question. Avec des marges de manœuvre contraintes et de nouveaux modèles concurrents au développement fulgurant, quelle est la résilience de ces Etats européens face à ces forces centrifuges ?

L’émergence de nouveaux pouvoirs

La révolution numérique est un extraordinaire facteur d’innovations et permet l’essor de nouveaux services, ainsi que l’amélioration de l’expérience de services existants. Elle s’accompagne également de l’apparition de nouveaux acteurs au développement fulgurant à en juger par leur valorisation (en milliards d’US $) et l’ancienneté de leurs activités (inférieure à 20 ans), générateurs d’entropie.

Ces acteurs, tels les GAFAM et d’autres, ont investi les points névralgiques des chaînes de valeur logiques (datacenters, réseaux de communication, etc.) et logistiques (réseau mondial, entrepôts de stockage automatisés, livraison au dernier kilomètre, etc.), atteignent des niveaux de valorisation équivalents à certains états, disposent d’un nombre d’abonnés équivalent à la population d’un continent ainsi que de toutes leurs données personnelles (cf. l’article « Vers un nouveau Yalta »).

Vers la marginalisation de l’État ?

L’actualité récente nous a montré également les premiers effets pervers du développement fulgurant de ces acteurs, compte tenu de l’inertie des états à jouer leur rôle de régulateur. Dans notre contexte, il est intéressant de rappeler que la régulation a vocation à assurer les conditions d’une concurrence loyale et non faussée entre les acteurs économiques, conditions nécessaires au sentiment de justice équitable et, incidemment, au respect de l’état de droit.

Parallèlement, la performance de l’action publique est un enjeu majeur d’un état dans la mesure où elle conditionne plus ou moins directement aujourd’hui le consentement à l’impôt. Les citoyens contribuables attendent un retour sur investissement de leurs impôts au travers de la qualité de service et la proximité de l’action publique, tant dans le domaine régalien que social.

Quels sont les leviers rémanents de l’action publique ?

L’endettement des états occidentaux et le niveau moyen d’imposition perçu comme élevé obèrent fortement les marges de manœuvre financières : les leviers financiers et fiscaux sont limités. Parallèlement, l’inertie législative dégrade l’efficacité du levier réglementaire. Le levier de la violence légitime face à des entreprises est inconvenable aux yeux de l’opinion publique et le levier de la justice gagnerait à accélérer mais serait toujours en décalage de phase face à cette fulgurance. L’adage dit : « On n’a pas d’argent mais on a des idées ». Aussi, d’autres leviers doivent pouvoir être imaginés.

Les acteurs publics gagneraient ainsi à investir de nouveaux champs d’action et actionner de nouveaux leviers, qu’ils soient techniques (référentiels, normes, etc.), opérationnels (infrastructures nationales sur les points névralgiques, etc.) ou humains (réseaux, compétences-clés, expertises stratégiques, etc.), ou bien encore à développer l’approche systémique dans la conception et le déploiement de leurs politiques de sorte à limiter les effets de bord, les failles -autant de brèches sur les points névralgiques- et à sécuriser l’atteinte des objectifs, garantie d’adhésion des citoyens.

A ne rien faire, l’État risque d’être relégué au régalien, voire au second rôle en cas de guerre logique.

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